Je me tuerais pour vous. Et autres nouvelles inédites – de F. Scott Fitzgerald (ed. 2017)

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Je poursuis mon étape Fitzgerald de ce périple américain avec un recueil de 18 nouvelles (ou ébauches de scénarios) écrites dans les années 30 et jamais publiées auparavant (2017 pour la traduction FR). Si la qualité est inégale d’une nouvelle à l’autre, certaines sont merveilleuses, avec des passages magnifiques et des vraies trouvailles poétiques.

L’intéressante postface contextualisant le recueil donne un éclairage sur l’œuvre de Fitzgerald, notamment à l’aide d’extraits de sa correspondance. Ce sont des nouvelles des années 30, loin du faste des années folles, du jazz et de ses succès de jeunesse. Des nouvelles dans lesquelles on retrouve les difficultés de cette période de crises : son pays plongé en Grande Dépression, les soins psychiatriques pour sa femme Zelda, et lui avec ses difficultés financières, obligé de vendre des nouvelles pour survivre ou de se prostituer littérairement à Hollywood. Cette fragilité et cette mélancolie qui sont présentes dans chaque texte donne un côté touchant à ce recueil. Mais ces nouvelles sont également plein d’ironie, de poésie et d’humour.

Mes coups de cœur dans ce recueil sont « Cauchemar : une fantaisie en noir » (un jeu pervers au sein d’une résidence médicale, avec une confusion entre malades et médecins) et celle qui donne son titre au recueil « Je me tuerais pour vous » (réflexions sur le suicide, dans une station thermale).

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The Great Gatsby – F. Scott Fitzgerald (1925)

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Pour ce deuxième volet de mon voyage à travers la littérature américaine, je reste à New York – plus précisément Long Island – mais je recule dans le temps pour être en plein cœur des années folles (1920-1929) avec le grand écrivain et chroniqueur de cette période : Francis Scott Fitzgerald.

C’est la période des libertés d’après-guerre, où dominent l’argent et la consommation à outrance : le sommet du rêve américain. Dans son magnifique roman « The Great Gatsby », Fitzgerald décrit cet univers flamboyant de l’ère du Jazz, aux multiples excès (« Bling-Bling ») et magouilles (fraudes financières, détournement de la prohibition, …), et préfigure en quelque sorte son écroulement avec la Grande Dépression.

L’histoire est centrée sur le personnage de Gatsby, qui est fascinant, nuancé et mystérieux. Il organise des fêtes grandioses, auxquelles tout le haut gratin new-yorkais se rend, mais personne ne sait vraiment qui il est, ce qui alimente les rumeurs les plus folles. Or toute cette construction, cette vie inventée et cette orgie de richesse n’ont qu’un seul but : reconquérir son amour de jeunesse.  Evidemment lorsque l’on consacre des années à une illusion, à courir derrière un mythe du passé, cela ne peut mener qu’à la désillusion et au drame…

J’adore ce texte ! C’est une satire de cette élite qui gravite autour de Gatsby. C’est un roman très actuel, tant à travers son fond de lutte des classes, avec l’hyperconsommation et la spéculation financière des riches (complètement éloignés des autres), qu’à travers les bouleversements de la société, la perte des repères et les discours réactionnaires que cela engendre. On peut y voir un grand roman du déclin du rêve américain.

J’ai lu le texte cet hiver via la traduction de Julie Wolkenstein, intitulé sobrement « Gatsby » et édité en 2011. C’est une écriture très fluide et très poétique. Je vous recommande cette version.

L’Attrape-cœurs – de J.D. Salinger (1951)

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Mon périple hivernal à travers la littérature américaine débute à New York au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il est bien commode de le commencer par ce classique court, simple et assez populaire : « The Catcher in the rye » de cet écrivain mystérieux J.D. Salinger, qui par la suite s’est coupé du monde dans une cabane au fond des bois (ou un truc du genre).

« L’Attrape-cœurs » est l’histoire d’un gamin de 16 ans qui vient de se faire virer de son école (et de son internat) et qui fugue et erre pendant trois jours dans New York. Il déambule, doute et apprend entre des boîtes de nuit, des cafés, des hôtels miteux et des taxis. Les deux piliers du roman sont d’une part le « langage parlé » du gamin, son argot, et d’autre part ses réflexions sur l’état de la société américaine d’après-guerre.

Ce que j’aime beaucoup dans le texte, c’est l’humour caustique, ironique, accentué par le caractère aujourd’hui vieillot de cet argot. C’est un roman où il ne se passe à peu près rien et c’est tant mieux ! On suit un héros ordinaire, un apprenti-rebelle tiraillé par sa morale et son conservatisme et qui porte un regard noir sur l’évolution de la société. On peut le lire comme un texte simple et niais, ou au contraire complexe et profond : une réflexion sur les valeurs essentielles. Il faut lire et relire ce texte !

Vœux pour 2019 : apprendre, douter et rire

Une année a passé, à peine le temps de la connaître que déjà arrive une autre, qu’on annonce différente et toujours meilleure car pleine de bonnes résolutions.

Pour cette nouvelle année, outre la santé et de prendre du temps pour vous, je vous souhaite trois choses inspirées par des auteurs dont j’ai abondamment lu ou relu l’oeuvre en 2018 : Simone de Beauvoir, Emmanuel Carrère et Jean Echenoz.

Avec Simone de Beauvoir, je vous souhaite une curiosité de chaque instant, d’apprendre tout le temps (« On n’a jamais fini d’apprendre parce qu’on n’a jamais fini d’ignorer ») et de toujours vous émerveiller devant l’art, les autres ou les détails du quotidien.

Avec Emmanuel Carrère, je vous souhaite de douter, de ne jamais vous enfermer dans des certitudes, d’écouter les autres points de vue et d’agir en documentariste du quotidien plutôt qu’en juge.

Enfin, avec Jean Echenoz, je vous souhaite de rire beaucoup et à tout propos. Mais d’un rire intelligent, celui qui déconstruit nos croyances et nos soucis pour n’isoler que l’essentiel et nous rendre plus libres et plus heureux.

Quant à moi, je continuerai en 2019 de partager ma passion et ces modestes conseils de lecture, puisque je prends plaisir à parler de ce que j’aime et de le faire aimer si je peux.

Je vous souhaite une belle et heureuse année 2019.

Lisons, doutons, rions et agissons.

L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset (2016)

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Certains livres vous laissent peu le temps de respirer, vous en sortez troublé, épuisé. Cela vous prend sans que vous vous y attendiez vraiment, mais le fait est là : il vous a bouleversé, presque malgré vous (ou parce que vous).

Tout était fait pour que je n’accroche pas à ce livre : un entre soi élitiste, une bourgeoisie dépressive et des longs passages de Proust. Je l’ai emprunté presque par hasard à la bibliothèque, ajoutant dans mes bras un livre de plus car on ne sait jamais.

Mais voilà : Catherine Cusset s’adresse en « tu » et au présent à son ami disparu ; elle dresse un portrait épais et nuancé de la vie d’un jeune homme de 39 ans qui met fin à ses jours après avoir accumulé tant d’échecs. Cet autre que tout le monde adorait, accumulant les amitiés et les conquêtes, comment a-t-il pu être si inadapté à la vie, alors qu’il avait tout pour réussir ? J’ai été complètement pris dans ce texte déroutant et subtil qui retrace 20 ans d’une vie : je ne l’ai pas lâché.

Un livre sur l’échec, sur le mal de vivre, sur les troubles bipolaires, sur les apparences trompeuses, mais également un portrait acerbe du monde universitaire américain, le héros étant un jeune docteur en littérature (spécialiste de Proust) cherchant désespérément sa place. Les descriptions des campus valent le détour.

J’ai noté ce passage, une conclusion et une leçon de Catherine Cusset, presque une philosophie de vie : « J’ai eu le temps de comprendre à quel point je t’étais inférieure, avec mon esprit rationnel et pratique. Mais au moins, je fais : la page blanche ne m’arrête pas ; je n’ai pas peur de la médiocrité. » J’adore.

Les huit montagnes – de Paolo Cognetti (2017)

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Dans un environnement sombre et urbain, lire ce livre procure un sympathique dépaysement et une bonne bouffée d’oxygène. Je vous le recommande, cela fait du bien ! Sous ses apparences de roman simple, il mélange trois thèmes intéressants : l’amitié, la filiation et la dualité ville-campagne. C’est bien sûr avant tout un bel hymne à la Montagne et aux grands espaces de liberté.

Le roman décrit, sur un temps long, la relation d’amitié entre deux garçons : l’habitant de la ville qui rejoint son pote montagnard pendant les mois d’été. Ils vont grandir ensemble, se construire, marcher, s’éloigner, se retrouver, avec toujours ce hameau de montagne en toile de fond. Sur cette amitié viennent se greffer les relations familiales, notamment père-fils, qui jouent un grand rôle dans ce texte. Mais l’héroïne – indomptable, immuable – du roman, c’est la Montagne.

Le texte est plaisant. Je me suis complètement plongé dedans et imaginé sur ces sentiers de randonnée des Alpes et du Val d’Aoste. Une lecture très agréable avec de très beaux passages sur la nature, les paysages. Je vous conseille ce joli texte.

L’hiver du mécontentement – de Thomas B. Reverdy (2018)

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L’une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire, ce dernier roman de Thomas Reverdy. Un roman engagé, dont la base historique – le Londres de l’hiver 78-79 – fait cruellement écho à l’actualité. Il y a beaucoup de choses dans ce roman : du punk, du rock, du théâtre, des espoirs et des désillusions. C’est très bon !

L’héroïne a 20 ans, livre des colis en vélo pour se payer des cours d’art dramatique, et répète le soir en amateur la pièce de Shakespeare « Richard III », dont la première tirade débute par « Now is the winter of our discontent » et dont elle tiendra le rôle-titre. Tout cela se passe dans le Londres bloqué des grandes grèves de l’hiver 78, où la colère mènera à l’effondrement et à la prise de pouvoir de Margaret Thatcher.

Il y a beaucoup de rythme dans ce texte, avec des chapitres courts et accrocheurs. L’héroïne est géniale, elle incarne l’espoir, la lutte. Le roman dresse un portrait intéressant de l’état du monde d’alors et des dynamiques en place. C’est une réflexion intéressante sur le pouvoir, avec une belle mise en perspective entre le texte de Shakespeare, le quotidien de l’héroïne et la prise de pouvoir de Thatcher. C’est bien fait, c’est malin et bien enrobé de musique !