Les Vacances – de Julie Wolkenstein (2017)

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J’ai adoré ce roman, « Les Vacances » de Julie Wolkenstein. Un passionnant voyage à travers la Normandie sur les traces d’un film disparu : le premier long-métrage d’Eric Rohmer, inspiré des Petites filles modèles de la comtesse de Ségur et tourné en 1952 dans un château normand.

Le roman relate l’enquête d’un duo de circonstances composé d’une prof d’université émérite, spécialiste de la littérature du XIXème siècle, et d’un doctorant qui fait sa thèse sur les films introuvables. Ensemble, ils partent à la recherche de traces et de témoins pour tenter de comprendre pourquoi ce film n’a jamais été diffusé.

Ce livre m’a captivé, j’ai totalement accroché à l’enquête et aux personnages. L’aspect balade dans la campagne normande et son patrimoine m’a bien plu également. Le style est très vivant, avec l’alternance des deux narrateurs et les jeux d’écriture qui en découlent (souvent très drôles). Je vous le recommande !

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Le Traquet kurde – de Jean Rolin (2018)

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Suite à l’observation surprenante d’un petit oiseau, le traquet kurde, au sommet du Puy-de-Dôme par un ornithologue amateur, quelques semaines après la Bataille de Kobané, Jean Rolin décide de se lancer dans une enquête littéraire sur les traces de cet oiseau, et à travers lui sur les relations entre l’Europe et le Moyen-Orient. Le résultat est passionnant : j’ai adoré ce court roman, aux longues phrases magnifiques, mêlant ornithologie, histoire et politique, avec juste ce qu’il faut d’humour.

Pour cette enquête, l’auteur nous fait voyager géographiquement, de l’Angleterre au Kurdistan irakien, en passant par l’Auvergne ou la Turquie, et dans le temps, à travers le destin de célèbres aventuriers de l’Empire britannique qui furent eux-mêmes sur les traces du mystérieux oiseau. Des personnages fascinants et horribles.

C’est un joli texte sur le Moyen-Orient et sur l’impérialisme européen. Un bel hymne à la nature et à l’observation des détails des paysages. Un livre qui parle des oiseaux, pour mieux parler des hommes. Je vous le conseille, comme à peu près tous les livres de Jean Rolin.

Mon traître – de Sorj Chalandon (2008)

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En cette période du Brexit, la question de la frontière irlandaise est au cœur de l’actualité. De cette question remonte tout un contexte historique, qui a mené au processus de paix en Irlande du Nord. C’est pourquoi je vous conseille ce très beau texte de Sorj Chalandon, « Mon traître », qui retrace subtilement 30 ans d’histoire au cœur de Belfast et de l’IRA.

L’auteur est un journaliste qui a longtemps couvert le conflit. Il donne une partie de lui-même dans ce texte, qui est une sorte d’autobiographie travaillée sous la forme d’un roman. L’histoire est celle d’un luthier français qui au détour d’un voyage dans les années 70 va se passionner pour la cause de la minorité catholique en Irlande du Nord. Il va se lier d’amitié avec des leaders de l’IRA, dont un particulièrement avec qui il entretiendra une relation presque filiale. Mais après 30 ans d’amitié, il découvrira stupéfait que cet homme était depuis des années un traître, un indicateur des services secrets britanniques. Le livre retrace (du point de vue du luthier français) les 30 ans d’amitié et l’évolution du conflit.

Il y a plein de choses dans ce texte que j’aime beaucoup. D’abord une atmosphère, celle de Belfast, ses pubs, ses rues et ses tensions. Ensuite, une histoire, celle de la cause nationaliste irlandaise, avec ses espoirs, ses souffrances, ses solidarités, ses idoles et ses codes. Puis, une réflexion plus intime sur l’amitié et sur la trahison à des idéaux ou à soi-même. Enfin, une écriture riche, accrocheuse et passionnée.

Continuer – de Laurent Mauvignier (2016)

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Comment continuer lorsque le plus simple serait d’abandonner ? Comment continuer toujours et malgré tout, devant les difficultés ? C’est la question centrale de ce très beau livre de Laurent Mauvignier, un auteur discret, qui trace sa route et son œuvre. Un auteur à suivre.

Ce roman, à la fois initiatique, psychologique et d’aventures, retrace la chevauchée d’une mère et de son fils dans les montagnes du Kirghizistan. Un projet fou de cette mère de famille française, désemparée et dépassée, pour sauver son adolescent de son mal-être et, par la même occasion, elle-même de son passé. Il y a donc d’une part un voyage physique, à cheval et dangereux, avec une nature merveilleusement décrite et ressentie, et d’autre part, un voyage intérieur dans la relation mère-fils (très intelligemment fait).

J’ai bien aimé ce roman, qui comporte des passages très haletants et assez bouleversants. C’est très agréable à lire, une plongée dans les grands espaces et un passionnant contact littéraire avec les chevaux (on s’y croirait vraiment). C’est bien écrit, tout en restant simple, sans pathos malgré une thématique sensible.

Martin Eden – de Jack London (1909)

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Quel plaisir de terminer mon voyage à travers la littérature américaine par ce dense et magnifique roman, « Martin Eden » de Jack London : une tragédie sur un fond de lutte des classes et de critique de l’individualisme. C’est fascinant !

Martin Eden est un jeune travailleur pauvre, débrouillard et aventureux, qui roule sa bosse aux quatre coins du monde, et dont la vie va basculer le jour où il tombe sous le charme d’une jeune bourgeoise. Par amour pour elle, il va tenter de combler le fossé qui les sépare en se plongeant dans les livres pour s’instruire de culture et de connaissances. Il veut alors devenir écrivain et envoie en vain aux éditeurs des manuscrits inspirés de ces expériences de vie. Malgré ces échecs répétés, il persévère dans l’écriture et refuse le confort d’une situation comme lui propose sa dulcinée – elle, doutant de son talent, se détourne  alors de lui. Puis, le succès arrive : il devient alors intéressant aux yeux des gens et accepté par la bourgeoisie. Sa réussite, son élévation sociale, le pousse dans un profond mal-être : il ne se reconnaît plus dans sa classe d’origine et est incapable d’entrer dans le moule bourgeois.

C’est un grand texte sur l’individu déconnecté du monde social, sur le monde de l’édition, sur le paraître, les stéréotypes et sur l’importance de garder en tête d’où l’on vient. J’y vois aussi une réflexion sur le succès, sur la finalité de l’art et de la connaissance. Il y a beaucoup de choses dans ce texte ! J’ai apprécié le caractère tragique de l’histoire, posant au héros ce dilemme : se renier pour être accepté ou s’accepter pour être renié ?  C’est un livre à lire et à relire !

 

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – de H. Lee (1960)

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Evidemment, je ne pouvais passer à côté de ce fameux livre – l’un des plus vendus – de la littérature américaine : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee (la pote à Truman Capote). L’histoire nous plonge dans l’Alabama des années 30, où à travers les yeux d’une fillette, nous décortiquons cette société gangrénée par les ségrégations : entre blancs et noirs, riches et pauvres, urbains et ruraux, hommes et femmes.

C’est une histoire d’enfance, avec ses jeux et son innocence, qui va être bousculée le jour où le père de la fillette-narratrice va être chargé de défendre en tant qu’avocat un jeune homme noir accusé du viol d’une jeune femme blanche. Le fait qu’un blanc défende un noir est très mal vu dans la ville et cela va entrainer des pressions et des moments difficiles pour la fillette et delà une prise de conscience.

Au-delà de l’antiracisme, c’est surtout un livre sur la « justice » (au sens large). Il y a des réflexions intéressantes sur cette thématique.  Pour le reste, c’est un livre assez classique. Mais le regard enfantin, avec ses peurs et ses interrogations, le rend assez plaisant.

Le Diable, tout le temps – de D. R. Pollock (2012)

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Je poursuis mon hiver américain avec ce roman dégueulasse et génial qui m’a laissé dans un Etat proche de l’Ohio. Sur les routes et dans les villes de l’Amérique profonde, l’on suit le quotidien de personnages « paumés », déstructurés par le mal et terrifiants. Dans cette panoplie de portraits horribles et déjantés, on retrouve notamment un ancien soldat égorgeant en vain des animaux pour sauver son épouse d’un cancer, des prêtres pédophiles, un couple tuant des auto-stoppeurs, et plus si affinités. Au fur et à mesure de l’histoire – des scènes nauséeuses et drôles – ces destins vont s’entremêler  pour former un roman bien ficelé, répugnant mais totalement addictif.

J’ai beaucoup aimé ce texte. Il a l’avantage d’être original, complètement décalé et de se lire facilement comme un thriller. Mais tout cela n’est pas gratuit : il y a un arrière-fond intéressant sur toutes ces zones périphériques, larguées par la modernité, et sur la place de la religion et des croyances dans la société américaine. C’est très bon !